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CAP MONDE CHINE, LES MARCHES DU CIEL

CAC vendredi 18 octobre 20h30  Tarif 9€ et 6€ Film HD, documentaire, débat de Jean-Claude RAOUL Jean-Claude Raoul a passé trois ans, auprès des Yao de Tian Tou, en Chine. En vivant avec eux, à leur rythme, il a su capter toute la vérité et l’authenticité de leurs existences et des rapports humains.  Au nord […]

CAC vendredi 18 octobre 20h30  Tarif 9€ et 6€

Film HD, documentaire, débat de Jean-Claude RAOUL

Jean-Claude Raoul a passé trois ans, auprès des Yao de Tian Tou, en Chine. En vivant avec eux, à leur rythme, il a su capter toute la vérité et l’authenticité de leurs existences et des rapports humains.

 Au nord de Guilin, dans la province du Guangxi, un village de montagne tenu par la minorité ethnique Yao se trouve entouré de terrasses vertigineuses. Pour y accéder, il fallait alors suivre un sentier de montagne pendant près de cinq heures. Lorsque j’y arrivai, je découvris une vallée splendide et un petit village tout en bois accroché au flanc de la montagne à 1000 mètres d’altitude, abritant 230 habitants. Jusque-là, seuls quelques photographes s’y aventuraient.

Trois années plus tard j’y retournais. Une route empierrée avait été ouverte pour désenclaver cette vallée. Elle s’arrêtait plus bas à une heure du village. En prévision l’arrivée des touristes, quelques auberges avaient été construites. Mon but était d’observer la culture du riz pendant une saison complète. Car la beauté du paysage, ici, ne doit rien au travail du temps, mais tout aux femmes et aux hommes de la minorité ethnique Yao qui cultivent cette vallée. Ils vivent en totale harmonie avec les grands éléments que sont la terre, l’eau, le ciel, les arbres et les esprits des ancêtres. Leurs ancêtres ont commencé à sculpter ces montagnes voilà près de sept cents ans. C’était la première fois que quelqu’un, et qui plus est un étranger, devait séjourner si longtemps dans leur village.

 La construction de la route a été d’une importance capitale pour les 1200 habitants, répartis en plusieurs villages et hameaux, reliés entre eux par d’étroits chemins de pierre. Déjà, en 2002, l’arrivée de l’électricité avait produit un changement considérable. S’éclairer, abandonner les machines agricoles ancestrales, regarder la télévision, fut une véritable révolution dans leur quotidien. Physiquement menus les Yao dissimulent pourtant une force peu commune qu’ils semblent avoir héritée de temps immémoriaux. Les femmes comme les hommes portent sur l’épaule des sacs de riz, des troncs d’arbres, des fagots souvent plus lourds qu’eux pour faire chauffer l’eau ou pour cuisiner. J’aimais regarder les femmes broder ou tisser leur costume traditionnel. Je les écoutais avec mes yeux et nous nous comprenions avec nos sourires. S’instauraient ainsi des moments de complicité entre elles et moi. Puis elles m’oubliaient, absorbées dans leurs pensées et leur travail, jusqu’au moment où, de nouveau, elles me regardaient en coin avec des yeux malicieux et éclataient de rire !

 Traduire mes émotions par l’image était un exercice difficile. J’avais pu filmer des scènes incontournables comme le mariage et même les rituels funéraires. A aucun moment on ne m’a demandé d’arrêter ma caméra. Je me sentais tellement bien parmi eux. Ils me disaient : “Reste ici, tu n’as rien à faire en France. On te construira une maison, on te trouvera une femme et tu continueras à faire des photos et à filmer !” Dois-je avouer aussi que j’avais le sentiment d’avoir “grandi” à leur contact, que j’avais oublié l’esbroufe, le tumulte de l’Occident

Il ne s’agit pas de vouloir maintenir les Yao en dehors du progrès, eux-mêmes ne l’accepteraient pas. Et à quel titre d’ailleurs le ferait-on ?

Je suis presque certain d’avoir touché le paradis du bout des doigts

 Parfois je me suis demandé : ma vie là-bas n’a-t-elle pas été qu’un vertige troublant ? Ai-je été la proie d’un charme concocté par les chamans ? Ai-je succombé aux brumes et aux fumées qui montent lentement de la vallée pour s’unir à l’air du temps qui passe ? Ces instants fugitifs, ces rêves éthérés, ces moments de totale plénitude, je les ai trouvés là, dans cette vallée où le futur semble ne pas exister. Tout juste est-il une ombre projetée sur un présent immuable. Alors oui, je suis presque certain d’avoir touché le paradis du bout des doigts, en montant “les marches du ciel”.