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Commémoration du Centenaire de la fin de la Grande Guerre – » Petites Musiques d’une Grande Guerre » par le Chœur de Chambre de Lourdes.

Eglise de Séméac Commémoration du Centenaire de la fin de la Grande Guerre samedi  17 novembre à 20h 30  » Petites Musiques d’une Grande Guerre » concert présenté par le Chœur de Chambre de Lourdes *** Le contexte   La Grande Guerre faucha de nombreux talents à l’aube de leur carrière. Elle eut un retentissement profond […]

Eglise de Séméac

Commémoration du Centenaire de la fin de la Grande Guerre

samedi  17 novembre à 20h 30

 » Petites Musiques d’une Grande Guerre »

concert présenté par le Chœur de Chambre de Lourdes

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Le contexte

 

La Grande Guerre faucha de nombreux talents à l’aube de leur carrière. Elle eut un retentissement profond sur la vie artistique des pays belligérants. Mais que connaissons-nous les artistes tombés au combat ? Quelle a été l’emprise du conflit sur inspiration des artistes ? Comment ont-ils vécu les quatre années de conflit (censure, participation aux combats, sacrifices et privations) ? Leur attitude face à la guerre (dénonciation ou, au contraire, acteurs de la propagande, pacifisme, patriotisme, description) ? Comment véhiculent-ils leur message ?

L’année 1918 marque l’achèvement douloureux de la Première Guerre Mondiale. La France est victorieuse mais exsangue, dévastée, ruinée : 1,3 million de morts, 3 millions de blessés, de nombreuses régions sont ravagées par les combats. Les États européens entrent dans la paix avec des dettes énormes. C’est l’heure du bilan et d’une série de réactions, celles des témoins directs et indirects.

Les musiciens n’ont été nullement épargnés et ils ont été fortement marqués par tous les événements. Certains compositeurs vont manifester un ardent patriotisme contre l’ennemi, comme Claude Debussy par exemple. Bouleversé par la déclaration de guerre, Gabriel Fauré (70 ans en 1915) partage, au plus profond de lui-même, les alternances de crainte et d’espérance des Français. Il ne cesse de s’inquiéter pour son fils Philippe mais ne se laisse jamais entrainer à des manifestations ouvertement hostiles à l’ennemi. D’autres, comme Maurice Ravel, vont partager à la fois l’exaltation des premières semaines de 1914 mais aussi l’attente des nouvelles du front, la douleur des disparitions. La création en 1915 de Pour les Funérailles d’un Soldat de Lili Boulanger marque la succession des deuils personnels et collectifs dans les pays en guerre.

Pourtant la génération suivante oublie rapidement le traumatisme de la « der des der ». Les artistes vont être à nouveau les témoins de la montée des nationalismes, des antagonismes et finalement du retour de la guerre. Jehan Alain meurt en 1940 au champ d’honneur.

Des artistes reconnus comme Maurice Ravel ou Paul Hindemith aux plus « confidentiels » (Joseph Boulnois, Alfredo Casella, Georges Migot), ceux morts au combat (Ernest Farrar, André Devaere, Charles Péguy) à ceux qui ont dû rester éloignés du front (Claude Debussy, Max Reger, Nadia et Lili Boulanger, Gabriel Fauré) en passant par les blessés (André Caplet, Claude Delvincourt, Guillaume Apollinaire), la liste est longue ! Ils étaient français, belges, allemands et autrichiens, anglais, américains, australiens ou italiens… Tous, à leur manière, ont nourri cette immense fresque historique. Dans leurs œuvres, écrites à la veille ou pendant le conflit, transparaît souvent la prescience qu’ils avaient des drames à venir mais aussi, celui-ci survenu, leur volonté d’y échapper ou simplement de le commenter.

Le programme du concert :

 

Charles Péguy (1873-1914) – Jehan Alain (1911-1940)
Prière pour nous autres charnels
Lieutenant de réserve, Charles Péguy part en campagne dès sa mobilisation en août 1914. Il meurt au champ d’honneur le 5 septembre 1914, tué d’une balle au front. Écrivain mystique, son patriotisme s’inscrit dans le courant de pensée majoritaire des années d’avant-guerre qui, après des années d’abattement dues à la défaite de 1870, attendait et espérait une revanche. Prière pour nous autres charnels est écrit en 1913.
Enfant pendant la Grande Guerre, Jehan Alain meurt au champ d’honneur le 20 juin 1940. L’homme est célébré comme un héros au lendemain de la seconde guerre. Cette notoriété éclipse sa musique et son œuvre va rester longtemps dans l’ombre. Il met en musique Prière pour nous autres charnels en 1938.

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Lili Boulanger (1893-1918) – Alfred de Musset (1810-1857)
Pour les funérailles d’un Soldat
En 1913, Lili Boulanger remporte le Premier Grand Prix de Rome de composition musicale et obtient une résidence de deux ans à l’académie de France. Elle est la première femme à recevoir cette distinction. Malheureusement, le début de la guerre contraint tous les artistes à quitter la Villa Medicis. Lili revient donc à Paris où elle se consacre à des activités caritatives en créant avec sa sœur Nadia un comité d’entraide pour les musiciens du Conservatoire mobilisés au front : le Comité franco-américain du Conservatoire National. Sa santé se dégrade alors rapidement. Elle meurt le 15 mars 1918. Pour les funérailles d’un Soldat est une œuvre composée l’année où elle reçoit le Prix de Rome. Elle sera créée le 7 novembre 1915 à Paris.

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Claude Debussy (1862-1918)
Dieu ! Qu’il la fait bon regarder extrait de Trois chansons de Charles d’Orléans (1898 et 1908) texte de Charles d’Orléans (1394-1465) évoque avec nostalgie la France que le poète célèbre pendant ses 25 années de captivité anglaise.
Noël des enfants qui n’ont plus de maison est une chanson composée en décembre 1915. Elle condamne l’occupation de la France par l’Allemagne. Cette pièce patriotique est la dernière chanson qu’il composa. Debussy en signe aussi le texte.

Pendant la guerre de 1870, la famille Debussy se réfugie chez une tante à Cannes. Claude reçoit ses premières leçons de musique. À Paris, Manuel-Achile, le père de famille rejoint la Commune et sert comme capitaine dans la Garde Nationale. Quand la Commune de Paris est écrasée par les forces de Mac-Mahon, il est arrêté et condamné.
Depuis 1910 Claude souffre d’un cancer. Il n’est donc pas mobilisé en 1914. Il exprime très clairement un sentiment anti-germanique (nourri par la défaite de 1870 et l’histoire familiale). Il entretient une correspondance avec ses amis musiciens-soldats. Il écrit à son éditeur : « S’il faut absolument une figure de plus pour assurer la victoire, j’offrirai la mienne sans discussion. »

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Maurice Ravel (1875-1937)
Trois beaux oiseaux du Paradis extrait de Trois chansons (1914-15)
Aussi étrange que cela puisse nous paraître aujourd’hui, le fin et délié Ravel ne rêvait que d’aller combattre. Sans haïr l’ennemi, il n’en est pas moins sensible à la vague patriotique au moment de l’invasion. Âgé de 40 ans, on l’exempta pour son physique poids plume. Son ardeur nullement découragée, il finit par se faire engager en 1916, au volant d’un camion militaire qu’il s’empressa d’accidenter. La chanson Trois beaux oiseaux du Paradis, l’un « plus bleu que le ciel », le second « couleur de neige », le troisième « rouge vermeil », date de 1915, quand le compositeur n’était pas à la guerre. Sa poétisation du drapeau ne doit pas tromper sur le nationalisme de Ravel qui, à la Ligue nationale pour la défense de la musique française, préférait l’allégorie et cette mélodie sans âge et sublime.

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Florent Schmitt (1870-1958)
L’Arche de Noé extrait de À contre voix, opus 104 (1943) sur Les Syllabes d’Yks :
En 1914, il est mobilisé dans le camp retranché de Toul. Il y écrira son Chant de guerre, sur un texte du poète lorrain Léon Tonnelier. L’œuvre sera créée au théâtre de Toul en février 1915, sous sa direction et devant les combattants au repos. Familier de l’orchestre d’harmonie, il mettra à profit ces années de guerres pour enrichir le répertoire.

Guillaume Apollinaire (1880-1918) – Jean ABSIL (1899-1963)
Le dromadaire – Le chat extraits de Le Bestiaire ou le cortège d’Orphée (texte de 1911 – musique de 1944)
Apollinaire est incorporé le 6 décembre 1914 à Nîmes dans le 38ème régiment d’artillerie de campagne, et intègre assez vite un peloton d’élèves officiers. Le 4 avril 1915, il part comme volontaire pour le front. Le 17 mars 1916, il est blessé par des éclats d’obus dont un perce son casque et touche la région temporale. En 1917, Apollinaire qui n’est pas réformé, est détaché auprès de la Direction Générale des Relations du commandement avec la presse : la censure. Il reprend son activité de journaliste. Début novembre 1918, il est atteint par le virus de la grippe dite « espagnole » qui touche Paris, alité, il meurt de 9 novembre. Inhumé au cimetière du Père Lachaise, il est inscrit au Panthéon sous l’appellation « Poète mort pour la France ».

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Gabriel Fauré (1845-1924)
Requiem, op. 48
Fauré est bouleversé par la déclaration de la guerre. Durant 5 ans, cet homme déjà âgé (il a 70 ans en 1915) partage, au plus profond de lui-même, les alternances de crainte et d’espérance des Français et ne cesse de s’inquiéter pour son fils Philippe, parti soldat. Il participe à de nombreux concerts organisés par la Croix Rouge ou d’autres œuvres de bienfaisance. Cependant, à la différence d’un Debussy et bien d’autres, il ne se laissa pas entraîner à des manifestations ouvertement hostiles à l’ennemi.
Les années de guerre ont un retentissement important sur son œuvre. Beaucoup considèrent, qu’il produit à cette époque les meilleures de ses compositions. Tout se passe comme si l’expression de la violence, peu fréquente avant guerre mais particulièrement attachante dans sa musique, devenait alors la seule alternative possible. Soulevée par une colère sans fin, sa musique s‘anime, s’agite et crie.
Même si la composition est très antérieure au conflit, le Requiem que Fauré qualifié de « berceuse de la mort » est notre hommage apaisé et serein aux victimes de toutes les guerres.

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Entrées : 12€ et 9€